Je t’ai trahie. Je t’ai trahie au moment précis où j’ai perdu confiance en toi, pensant injustement que tu n’étais belle que lorsque personne ne te voyait. Je t’ai laissée habiter mes carnets à l’abri des regards, comme si te garder pour moi te protégeait de la validation extérieure et de la légitimité de ta beauté, mais aussi de ta profondeur.
J’ai douté de toi. J’ai douté de ta justesse, de ta portée, de ta capacité à porter les mots qui guérissent les maux, à caresser le cœur et l’âme. Je te demande pardon. Pardon d’avoir oublié que tu ne m’appartiens pas seulement dans le silence. Que tu n’existes pas uniquement dans l’intime. Pardon d’avoir oublié qu’écrire et partager avec les autres, ce n’était pas te trahir, mais une autre manière de me rencontrer. Pardon d’avoir oublié que même lorsque je crois m’adresser aux autres, c’est toujours à moi-même que je m’adresse, car tu as toujours été ce passage, ce tremplin de moi à moi.
Aujourd’hui en te relisant, j’ai été émue. Émue de te retrouver intacte malgré tout. Émue de voir que tu étais toujours là, fidèle, patiente, vivante, et je m’en veux d’avoir douté de toi. Tu es une lumière que j’ai presque laissée s’éteindre. Une nourriture d’âme que je m’interdisais de partager. Pourtant, tu ne m’as jamais quittée.
J’ignore comment revenir à toi ici, encore moins quelle forme cela prendra. Ce dont je suis certaine, c’est que je veux te laisser être, même quand tu es vue. Alors je reviens doucement. Non pas pour performer ou pour remplir un vide, mais simplement avec l’envie d’être présente à toi, avec toi, et ne plus te trahir.
Avec tout mon amour!

