C’était en décembre dernier, autour d’une table dressée sous le thème Jardin des douceurs. J’avais tout filmé, le cœur joyeux du contenu que je m’apprêtais à partager. Et puis, j’ai tout perdu (ou presque). Cela m’a profondément chagrinée.
En perdant mes vidéos, je me suis retrouvée face à quelque chose de brut : un moment qui avait existé sans preuve complète. Pendant plusieurs jours, j’ai eu l’impression que ce moment avait perdu de sa valeur, comme si ce que j’avais créé s’était envolé avec ces images.
C’est vertigineux de réaliser à quel point j’avais appris à mesurer mes expériences à l’extérieur de moi. Comme si dans ma tête, les images étaient devenues le thermomètre du moment, capables de mesurer sa valeur alors qu’elles ne capturent ni la profondeur et encore moins sa vérité. J’avais oublié qu’un moment peut être splendide sans preuve et parfaitement vide avec de belles photos.
C’est étrange comme aujourd’hui, vivre ne semble plus toujours suffire. Comme si un instant devait être capturé, puis validé, pour exister pleinement et que la valeur d’une expérience dépendait de son écho numérique.
J’ai réalisé que je ne vivais pas seulement mes moments. Je les évaluais. D’abord à travers ce que j’arrivais à capturer, puis à travers la manière dont ces images étaient reçues. Comme si l’expérience devait être validée deux fois : par l’image, puis par les chiffres.
Aujourd’hui, je ne renonce pas à partager, mais je refuse que le partage devienne la condition de la valeur. Cette table n’a pas besoin d’avoir performé pour avoir été belle. Elle n’a pas besoin d’être parfaitement documentée pour avoir été vécue. Elle a existé. Et parfois, cela suffit.
Avec tout mon amour!













